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Chapitre V : LE DÉPART

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Le jour de mon départ pour l’Europe, je me souviens encore de ce que javais sur moi : une vieille sacoche rose pour des petits trucs genre un bagage à mains, ma valise avec les vêtements achetés en shopping avec ma maman et un jean bleu . J’étais stressée , j’avais peur, mais malheureusement, c’est le cas de le dire, j’avais pris cette habitude d’être ballottée sans le vouloir de gauche à droite. Donc on s’y fait .

J’ai rencontré le fameux ami de ma mère qui devait m’accompagner jusqu’en France . Le temps des au revoir : un gros câlin à mon oncle , puis des pleurs pour mon frère parce que c’est lui le deuxième homme de ma vie après mon père et le laisser là-bas sans moi me déchirait le cœur, mais je n’avais pas le choix, je devais faire avec .

Je pris place dans l’avion côté hublot. Le mec, je ne lui ai pas vraiment parlé, j’étais silencieuse . Où m’emmenait- il ? comment tout ça allait se dérouler ? Mais ce n’était pas grave , j’étais dans l’avion, il allait décoller et c’était parti ! Direction l’Italie. Nous avons atterri à Milan,  genre en fin d’après-midi, il devait être pas loin de 19h. Je me souviens car il y avait un panneau à l’aéroport et tout était marqué dessus . Nous avons passé la douane sans problème et arrivés à la fouille, bizarrement la Polizia est venue vers moi pour un contrôle d’identité. J’obéis sans poser de questions. Ils avaient l’air très suspicieux, le contrôle a duré au moins une bonne demie-heure. Mais je ne sais pas comment il a fait le monsieur mais ouf ! Nous sommes passés entre les mailles du filet ! Vous n’imaginez pas tout ce qui c’était passé dans ma tête : mon Dieu on va me renvoyer , il vont se rendre compte que je ne suis pas sa nièce , que mon visa est un visa payé sous la table…Mille et une questions qui ont disparu lorsque nous avons réussi à passer les services de sécurité.

J’étais contente. Je regardais autour de moi je n’avais pas encore connaissance que Milan était la capitale de la mode , les grands couturiers , les panneaux géants, les lumières , tous ces voyageurs qui remplissaient le hall. C’était impressionnant ! Dites vous que ce n’était qu’un début ! Nous avons passé la soirée dans un hôtel près de l’aéroport parce que le lendemain il fallait reprendre l’avion pour Madrid. Le périple en était juste à son début. Ce soir là, j’ai mangé des sandwichs,  j’avais ma chambre donc mon intimité et çà c’était le pied !

Le lendemain matin, j’étais au taquet pour le deuxième périple en avion. On avait notre vol vers midi pour l’Espagne . Cela ne devait pas durer plus d’une heure ça me rassurait . Arrivés à  Madrid j’en ai pris plein la vue c’était magnifique tout ce que je voyais ! Limite une blédarde en Europe ! C’était trop çà (rires) ! Mais j’aimais quand même .

Tout ce qui fut passage de douane , sécurité  , ce coup-ci , rien à signaler ! Le contrôle d’identité sans encombre ! En sortant de l’aéroport on a pris une chambre d’hôtel, mais cette fois-ci à coté de la gare, parce que le lendemain matin très tôt, il fallait prendre le train pour Paris.

J’ai dû cette fois partager ma chambre avec ce monsieur . Il est parti toute la journée , pendant que moi je kiffais la vie de chambre d’hôtel. J’ai commandé un room-service. J’avais le droit. Je me suis mise à mon aise et le soir arriva très vite. Au moment du coucher, on avait chacun un lit. Pendant la nuit, j’ai eu ce ressenti que quelqu’un était derrière moi ,comme un cauchemar éveillé. Alors je me suis réveillée en sursaut et je vis ce monsieur qui essayait de se glisser dans mon lit ! Quelle horreur ! je me suis fâchée avec lui. J’étais horrifiée ! ça me rappela de suite de mauvais souvenirs. Car lorsque j’étais petite, j’ai subi des attouchements de la part de mon beau-père que je déteste plus que tout. Ce n’est arrivé qu’une fois mais c’était la fois de trop. J’avais eu si peur de ce qu’il voulait me faire. Je n’avais pas encore 14 ans et ça m’a traumatisé ! Je ne l’avais pas dit à ma mère ,  j’avais peur de sa réaction , peur que l’on me traite de menteuse, que l’on ne me croit pas . J’ai gardé cette blessure en moi et j’ai fait avec .

Le lendemain matin, j’avais vraiment pris conscience que je venais d’échapper à un viol. J’étais dégoûtée de ce type mais je n’avais pas le choix ! Il fallait faire ce dernier trajet avec lui jusqu’en France . On a pris le train super tôt, genre vers 6h du matin. Direction Paris ! je me suis assise loin de lui . Comprenez que j’étais écoeurée de son comportement. Je n’avais vraiment pas du tout envie qu’il me touche. Même qu’il me regarde ce n’était pas possible .Alors  je regardais au dehors. J’étais ébahie par le paysage qui défilait devant moi. C’est donc ça la France ? Que de grandes étendues de verdure, genre la campagne ? Bah oui Ma Vie ! logique ! le train traverse rarement les centres-ville ! Je me disais : allez ! On est bientôt arrivés et tu pourras enfin te débarrasser de cette personne .

Enfin nous sommes arrivés à Paris . Magnifique ! J’étais vraiment sous le charme. Mais lorsque nous avons fait le trajet jusqu’en Seine-saint-Denis j’étais dessus ! Genre la meuf qui pensait atterrir dans un joli lotissement. Euh, et bien non en fait . Il m’a déposé dans une cité , chez une cousine de mon père qui y vivait depuis des années avec ses enfants.

Je n’ai pas compris pourquoi ce Mr était si pressé de partir. Je ne comprenais pas son attitude, il avait envie de détaler rapidement. C’est ce qu’il a fait d’ailleurs ! Il est parti aussi vite qu’il est arrivé ! Mais en prime avec mon passeport et mes visas !!!  La cousine de mon père s’en est rendue compte , mais trop tard ! Et oui ! Le gars s’est barré avec mon passeport ! Et là, je ne savais pas encore que cet acte me pénaliserait pour les 10 ans à venir.

Mais peu importe , je n’étais plus avec lui ! J’ai dit à cette dame ce qu’il a voulu me faire. Elle m’a dit : « Dieu a veillé sur toi ma fille. Tu as eu de la chance ». Plus tard, elle me passa le téléphone. C’était ma tante Patricia. Celle-ci me demanda si tout allait bien et si j’étais bien arrivée (ce qui était le cas). Mais lorsque je lui a expliqué le coup du passeport,  je m’en suis pris plein la tronche ! Mais bon, j’ai envie de vous dire que j’avais l’habitude. Et puis je ne savais pas encore que ce serait le style de cycle de longs événements bouleversants qui m’attendait .

Je passe donc la nuit chez cette dame, et le lendemain je me retrouve dans le train pour Bordeaux. Cette fois-là, j’étais seule ! Mais avec le terminus à Bordeaux ,  donc pas de risque de me retrouver à Hendaye.

Je descendis donc à la gare de Bordeaux Saint-Jean. Dans ma tête,  je n’y croyais pas ! Enfin j’y suis ! Enfin je suis là où ma mère voulait que je sois ! Enfin le Ciel allait m’épargner !

Mais non. Tout ça n’était qu’une illusion. Je ne savais pas encore tout ce qui m’attendait. Mais merci Seigneur ! A ce moment, j’étais en sécurité et saine et sauve .

Ma tante m’a cherché partout dans la gare , jusqu’à me trouver dans le hall d’attente .

Patricia: ça va ? Le trajet ça a été ?

Moi: oui, ça va. Un peu fatiguée de ces vols et du train et du reste.

Notre échange était bref. A cette époque en 2003, c’était la canicule. Grosse chaleur de fou ! Mais je me sentais bien. Elle pris sa voiture, une scenic ,et nous voilà parties pour le quartier de Floirac-Chalandon.

A cette époque, le Lidl n’avait pas encore brûlé et je vis vraiment ce que c’est la vie à la française . On arriva dans un appartement classique d’un HLM.  Il y avait 2 chambres. Une où dormaient mes nièces et dans l’autre chambre il y avait ma tante avec mon neveu. Mon oncle, son ancien mari, je ne l’ai pas beaucoup vu à mon arrivée. Mais bon, j’ai envie de vous dire que j’étais un peu en famille.

Mais j’étais aussi très loin de me douter que cette famille n’hésiterait pas à m’abandonner. A nouveau un abandon ! Laissée devant le Commissariat de Police de Bordeaux , parce que je n’avais plus mon passeport et eux ils étaient tous français ils ne risquaient rien. Mais moi je risquais l’expulsion. Et ça , ma tante et mon oncle ne voulaient pas prendre le risque d’avoir des problèmes à cause de moi .

Avant d’en arriver à cet événement tragique pour moi , je vais un peu vous raconter ma vie chez ma tante depuis ce premier jour chez elle :

Elle m’avait installé un matelas par terre , me nourrissait, prenait soin de moi, mais m’avait surtout formellement interdit de me rendre dehors. Ne serait-ce ce que de mettre le pied dans le hall !

Je n’avais pas le droit de sortir de cet appartement ! J’étais comme prisonnière. Mais là, il n’y avait aucun prince charmant pour me secourir. J’avais juste mes yeux pour pleurer . Un jour, je suis descendue. Elle était au travail. J’ai traîné devant l’immeuble avec mes nièces. Mais le voisin m’a balancé lorsqu’elle est rentrée du travail. Je me suis fais passer un savon magistral ! On dirait qu’elle avait honte que je sois là , que je sois sa nièce. En fait, elle voulait me cacher vu que personne ne devait me voir. Sauf son ami en qui elle avait vraiment confiance. Un monsieur qui vivait dans l’immeuble d’à côté. Un congolais de Kinshasa avec sa femme et ses deux enfants . Il était un peu comme un proviseur. Toujours à me surveiller. A venir à la maison, lorsque ma tante n’était pas là. A me donner des ordres. J’avais horreur de ça. Mais j’avais l’habitude .Encore une fois, je n’avais pas le choix .

Un weekend de juillet, j’ai pris le bus avec un copain que je m’étais fait. Il vivait avec son oncle, à l’appartement du dessus. Il m’a fait visiter pour la première fois la grande rue piétonne de Bordeaux: La rue Sainte-Catherine. C’était euhhh, comment dire ?Blindé de monde ! En pleine chaleur, Bordeaux c’est juste invivable.Mais pas grave ! J’étais en France. Alors ce jour là je kiffais, je profitais !

Je ne sais pas comment le soir même elle a sû que j’étais en ville , mais là mon Dieu , c’était la chose à ne pas faire !  « Tu ne sors plus d’ici ! Sauf en ma présence ! Je vais t’envoyer dans un internat parce que tu fais n’importe quoi !  Ta mère fait aussi n’importe quoi ! Comment peut-on envoyer une mineure seule en France , sans papiers ? « 

Ses mots étaient blessants , très vexants. Il ne faut pas oublier que lorsque mon père était vivant, il lui payait des cours de tennis. ça coûtait une fortune au Congo . Il s’est occupé de ma tante , et c’est un peu grâce à lui qu’elle avait rencontré son ministre de mari qui lui avait fait échapper à cette vie misérable que nous avons vécu au Congo. Mais peu importe, j’étais là pour payer les erreurs de ma mère.

Nuits et jours elle l’a critiquait. Je n’en pouvais plus. Je ne pouvais rien dire mais je nétais pas bien je ne me sentais plus chez moi . Ma tante avait même fini par me donner un manifeste de tous les lycées bordelais qui faisaient aussi internat. En me disant de choisir dans lequel je voulais aller. Euh oui , c’est bien ! Mais je ne connaissais pas Bordeaux. Comment j’allais me trouver un lycée ?

Mais je fis semblant de chercher.

Le dernier weekend avant la rentrée scolaire 2003-2004 , ce vendredi là, une assistante sociale passait comme par hasard dans l’immeuble. Moi, étant toute seule dans l’appartement à ce moment là , je lui ai ouvert, et j’ai répondu honnêtement à toutes les questions qu’elle m’avait posées. Je ne vous dit pas la tête que ma tante a fait le soir en rentrant du travail !  Je pense que ce soir là , elle s’est dit qu’elle n’en pouvait plus et qu’il fallait faire quelques chose de moi .

Secrètement, avec son meilleur ami le congolais , ils ont planifié mon abandon. Et bizarrement je savais ce qui allait se passer puisque cette fois ,  j’allai y participer .

« Assieds-toi Ma Vie » dit ma tante . « Nous allons te déposer devant le commissariat et là, il ne faut absolument pas que tu dises que tu as une tante en France . Il ne faut vraiment pas que tu dises ton histoire mais que tu dises que l’on t’as trouvée dans la rue et c’est mon ami qui dira qu’il t’a trouvé. La police te mettra en foyer pour que tu obtiennes tes papiers ».

Les larmes me sont montées aux yeux, mais je n’ai pas craqué… Un abandon de plus mon Dieu… Et lorsque tu vas te coucher,  tu te dis que ce n’est pas pour demain. Mais si le lendemain était officiellement le jour de mon abandon et bien rien à faire. JE DEVAIS ENCORE SUBIR.

 

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